Les Voies ensevelies
Mise à jour: 29 septembre 2007
|
Au début de l'enregistrement sur disque ou sur cylindre, les fabricants rivalisaient d'ingéniosité et d'agressivité commerciale pour faire parler d'eux. Les applications se sont multipliées, parfois même dans la plus grande fantaisie. N'a t-on pas vu la reine Victoria enregistrer sur disque des discours de bienvenue destinés aux peuplades africaines, ou encore des disques enregistrés avec des aboiements de chiens pour faire fuir les voleurs ? Certains fabricants ont cependant imaginé des stratagèmes percutants pour que la presse parle d'eux:
|
|
|
Parcourons chronologiquement les événements relatifs aux voix ensevelies et prenons tout d'abord l'article de L'Illustration n°3383 du samedi 28 décembre 1907: Mercredi dernier, dans l'après midi, une cérémonie singulière et tout à fait inédite rassemblait quelques invités dans les sous-sols de l'Opéra. Sous ces voûtes silencieuses, dans ces souterrains qui, pour la circonstance, avaient un aspect de crypte ou de catacombe, on procéda - si l'on peut dire - à la mise en cave des voix de nos plus illustres chanteurs contemporains. En présence de M.Malherbe, bibliothécaire de l'Opéra, du chimiste Bardy, de M.Clark, promoteur de l'idée, des représentants du ministre de l'instruction Publique et du sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, des disques de gramophone enregistrés furent disposés de manière à ne pas se trouver en contact immédiat les uns avec les autres et placés dans une double boite où l'on fit le vide; ce récipient, soudé, a pris place dans un des casiers métalliques aménagés dans un mur construit exprès pour receveoir les caisses de disques à mesure qu'elles parviendront. Cette petite cérémonie doit se renouveler de vingt ans en vingt ans et les caisses de disques ne pourront être ouvertes que dans cent ans. Nous signalerons simplement à titre documentaire cette tradition curieuse qui s'établit, car, seuls les arrière-petits-neveux des générations actuelles- les abonnés de l'Illustration du siècle prochain - connaîtront les résultats de la première exhumation. Puis en 1912, il fut procédé à une nouvelle inhumation dans les mêmes conditions de deux urnes contenant respectivement 13 disques et 12 disques, soient 19 titres (certains disques étaient monofaces). Il fut déposé aussi un phonographe, un diaphragme et une boite d'aiguilles. Décidemment, ils avaient pensé aussi aux moyens de reproduction... Ce sont les deux seules cérémonies connues, la grande guerre étant passée par là, les goûts avaient changé, les préoccupations aussi, et ce qui devait se reproduire à date fixe ne s'est jamais reproduit...
|
|
|
En 1988, l'Opéra de Paris qui avait besoin de rénover un local technique fit transférer les urnes au Musée de l'Opéra, En 1990, les urnes passent au département de la phonothèque de l'Audiovisuel de la Bibiothèque Nationale de France. 2007 devrait voir enfin l'aboutissement de la volonté de M.Clark, c-a-d l'ouverture de ces urnes. C'est une mission difficile: comment s'est passé le stockage sous vide pendant cent ans? N'y a t-il pas de matières dangereuses qui auront été disposées pour la conservation en 1907 ? Ces matières ne se sont-elles pas dégradées, en créant des gaz toxiques ? Toujours est-il qu'il semble dangeureux d'exposer un large public à une cérémonie officielle, et les décisionnaires seront sans doute bien inspirés de prendre toutes les précautions nécessaires à la préservation de ces disques (qui n'auront jamais été joués), et aussi à la protection du public. Le fait d'ouvrir les urnes pose aussi une question de bon sens: puisque ces disques peuvent être supposés intacts et en excellent état, va t-on les enregistrer sur un ancien gramophone du début du XIX siècle? Ne faut-il pas une machine de la technologie du XXIe siècle pour les analyser et aussi donner vie aux artistes de l'époque qui nous ont fait cadeau de leurs plus beaux enregistrements ? Plusieurs procédés existent aujourd'hui pour une lecture fidèle et sans contact. L'avenir dira quel procédé nous permettra une écoute fidèle... A suivre... Gérard Frappé avec la participation de Jacques Bernard grace à son excellent article publié dans Phonofolies n°2 (tous nos remerciements, ainsi qu'à Samuel Marc). |
|
|
Additif:: qu'est-on sensé trouver dans ces urnes ?: Urne n°1 (1907): Ariane(Massenet) Mlle Mérentié Urne n°2 (1907): La mort d'Otello (Verdi) - M.Tamagno
|
|