Polin nous chante La sérénade du Pioupiou

Mise à jour: 28 Juin 2006


Odile Roynette, Dans son livre de"Les mots des soldats" (Edition Belin - 2004 - Collection Le Français retrouvé) nous donne une définition de Pioupiou:
"Le pioupiou est un mot construit à partir de l'onomatopée du cri du jeune poussin. Il exprime de manière très ironique l'inexpérience et la vulnérabilité du jeune soldat (et plus particulièrement du jeune fantassin) qui découvre l'armée. Le néologisme est dû à Antoine-François Varner dans une comédie publiée en 1838 et intitulée Le Pioupiou. Ce mot a ensuite connu un grand succés dans le sillage de la chanson de Gaston Montéhus, Gloire au 17e, composée en souvenir de la mutinerie des soldats du 17è RI de Narbonne qui avaient refusé de tirer sur les manifestants lors de la crise viticole du midi au printemps de 1907. Après 1914, le mot pioupiou a subi de nombreuses concurrences, notamment celles de bidasse et de troufion qui l'ont supplanté dans le langage courant".

On n'oubliera pas le terme employé aussi pour désigner les jeunes classes appelées de plus en plus tôt, les bleuets.

Polin joue à merveille le rôle du pioupiou en racontant ces histoires de soldat naïf. Dans le Paris Qui Chante, n°72, du 5 juin 1904, on le retrouve dans cette fameuse Sérénade du Pioupiou que je vous invite à chanter. Comme d'habitude, écoutons la, chantée par Polin, puis lancez l'accompagnement pour chanter vous-même en suivant les paroles:

I
Ma petit' Célestine,
Je viens ce soir, comm' je t'ai promis,
Rôder sous ta cuisine,
Jusqu'à c'que tes patrons soient au lit.
En attendant, ma brune,
Le doux moment d'aller t'caresser,
Je veux, au clair de lune,
Tout doucement chanter :
" Mon p'tit trognon, L'amour est bon. "

AU REFRAIN
Ecoute la sérénade, la sérénade,
De ton pioupiou,
Qui vient en camarade,
Ce soir, ma belle, à ton rendez-vous.
Voilà quinze jours, tu penses,
Qu'étant pas v'nu on n's'est pas aimé.
Et d'puis j'ai pas eu d'réjouissances.
J'ai besoin d'me rattraper.

II
Quand l'amour me taquine,
Que j'viens le soir chanter ma chanson,
Il sort de la cuisine
Un tas d'fumets qui sent'nt rud'ment bon.
Tiens, ce soir, quel délice'
Je sens l'odeur du poulet rôti ;
Gard'moi-z-en donc un' cuisse
J'ador' ça comm' frichti.
Oui, mon coco,
Tiens-la au chaud.

Ecoute la sérénade, la sérénade
De ton pioupiou
Qu'a l'estomac malade,
Car le rata n'lui va pas du tout,
Ta viande elle est bien meilleure,
Tous les morceaux en sont épatants ;
J'pens' que tu' m'donn'ras tout à l'heure
Le bon dessert que j'âim' tant.

III
J'causais d'toi cett' semaine
Quand le sergent m'a dit: "Ben, mon vieux,
T'en as rud'ment d'la veine
D'pouvoir t'offrir un beau cordon bleu."
Ça m'a surpris, tu penses,
Car j'ignorais qu'tu pouvais avoir
Un cordon d'cett' nuance,
Tu m'l'as jamais fait voir.
Non, j'l'ai pas vu,
Pourquoi l'cach's-tu ?

Ecoute la sérénade, la sérénade
De ton pioupiou.
A ton petit troubade,
Je t'en supplie, il faut montrer tout.
C'est mal d'être cachottière,
Pour du cordon faire un tas d'chichis.
Moi, j'en avais bien un, ma chère,
On m'la coupé quand j'étais p'tit.

IV
Tu te souviens, ma belle,
Qu'tu m'attendais chez toi l'autre soir;
Comm' j'avais pas d'chandelle,
Je m'suis trompé d'porte dans l'couloir
C'est dans l'lit d'la patronne,
Qui s'trouvait seul', que j'me suis fourré.
C'qui fait que la luronne
S'est mise à m'bécetter.
Si j'aurais su
J's'rais pas viendu.
Ah vrai, quell' sérénade, quell' sérénade
Pour ton pioupiou.
C'était des embrassades
Qu'ell'me donnait pour me mettre en goût.
Oui, mais faut pas qu'ça t'tracasse
Car y'a encore huit ou dix endroits
Que i'ai pas voulu qu'ell' m'embrasse,
Attendu que j'les gard' pour toi.

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