De septembre 1905à 1918 : La grande époque du disque

Mise à jour oct 2008
En 1905 : Les premières annonces concernant le disque

Il est curieux de noter la façon dont la presse spécialisée de l'époque a soigneusement distillé les informations sur l'arrivée prochaine du disque :

On apprend dans le numéro 7 de Phono-Gazette du 1er juillet 1905 que
" Une chose intéressante à noter dans les projets de la Maison Pathé pour la fabrication des disques, c'est qu'elle n'aura pas besoin de procéder à de nouveaux enregistrements : des machines spéciales permettent de reporter sur des matrices plates pour disques les enregistrements 'improvisés' sur matrices cylindriques " et l'article conclut " A titre de renseignement, nous ne pouvons dire encore quand paraîtront les disques Pathé "

Dans le numéro 15, du 1er Novembre de la même année, on peut lire :
"Une grande augmentation de construction, de matériel et de personnel se réalise en ce moment, par suite de la résolution prise par la Société de fabriquer des disques. C'est une révolution qui s'accomplit là ; nous sommes d'ailleurs à un nouveau tournant de l'histoire du phonographe, car la maison Pathé va vendre des disques à 3 francs…et on en vendra demain, en carton, à 75 centimes et à un francs cinquante. Seulement, que vaudront-ils ? On en a, généralement pour son argent".

Pathé avait en grand secret étudié la possibilité de reprendre les enregistrements dont il disposait sur cylindre Paradis. Un nouveau pantographe permettait le transfert de ces grands cylindres vers les disques. Le capital sonore était donc préservé!

Les investissements ont été à la mesure de l'événement et qu'en juin 1905 la Société augmente encore son capital social en le portant à 3 200 000 francs.

Une des première épreuve de disque connue produite chez Pathé
(Collection Steger)

Le poisson adapté à la reproduction d'un cylindre Paradis vers un disque. Le disque était en cire très fine d'épaisseur de quelques centimètres. Il était ensuite recouvert de peinture conductrice avant d'être envoyé dans un bain de galvanoplastie (vue d'artiste réalisée par l'auteur)

L'Orchestre Pathé Frères
Pathé faisait appel dès 1902 à La Garde Républicaine dirigée par son chef Gabriel Parès. L'orchestre avait remplacé peu à peu les accompagnements de piano des débuts. Il enregistre notamment les morceaux célèbres La Sentinelle et Simplette.

En 1905, Pathé Frères crée son propre orchestre avec les ressources disponibles parmi le personnel de production. Cet orchestre compta jusqu'à quatre-vingt musiciens, dirigés par M.Bellanger. Il enregistrait à Chatou, dans une pièce surnommée 'Le tonneau' à cause de saforme spéciale, à l'acoustique adaptée.
La photo ci-contre en est une illustration. On apperçoit aussi au pied du technicien, un cylindre Paradis.
Outre que l'utilisation de cette Harmonie a pu faire baisser les coûts liés à la location d'un orchestre extérieur, comme celui de la Garde Républicaine, il donnait aussi de la flexibilité dans les horaires d'enregistrement. Il est annoncé fièrement au début des disques jusqu'en 1916, comme dans 'La polka des bébés', donné comme exemple.

L'Orchestre Pathé-Frères (Collection BNF)

A partir de 1906

Les disques de 1906 avaient une ou deux faces enregistrée(s). Leur numérotation reprenait celle des cylindres (voir le chapitre spécial consacré à la datation). Il semble qu'il n'y a eu que des diamètres de 24 et 28 cm.

Dès 1907, Pathé abandonnera les disques monoface et ne pressera que des disques double face. Quand à la production, le catalogue de Novembre 1906 mentionnait : " Nous venons de faire une installation dans nos usines permettant la production de cent mille disques par jour ".
Un extrait du bulletin phonographique et cinématographique, 15 novembre 1899 décrit l'arrangement de cet immeuble :" Le rez de chaussée a été transformé en magasin de vente, dont l'étalage parfait le soir, à la faveur de la lumière électrique, un effet des plus saisissants…A l'entresol sont installés les salons d'audition (…). Le premier étage comprend le cabinet des directeurs et celui de l'administrateur… Si nous montons au deuxième étage, le changement est brusquement complet. C'est là qu'on enregistre les opéras et les grands airs… Les autres étages admettent encore des salles d'enregistrement… Mais il serait bien regrettable de ne pas s'arrêter un instant au sixième ! Là-haut, sous la partie vitrée du toit qui forme véranda, est la salle d'enregistrement des orchestres . Chaque jour, vingt-cinq à trente musiciens, sous la conduite de Mm Colonne ou Parès, y font vibrer les cuivres les cordes et les bois… "

La production verra des tailles variées : Pathé concert de 50cm, destiné à la sonorisation des salles, et les disques de 40 cm (dont la production restera faible), 35cm, 29cm, 24cm, 21cm et 17cm.
Malgré tous ces efforts, dans les premières années de vente du disque, le cylindre garde la meilleure place, surtout grâce au parc de machines important chez les particuliers. Les ventes de phonographes à disque n'ont commencé qu'en 1906 avec le modèle A. Ce n'est que progressivement, (environ 5 ans), que le cylindre va s'éteindre en 1910, laissant la place définitivement au disque dont la production avait dépassé celle du cylindre.

Par ailleurs, suite aux ennuis financiers de l'APGA (l'Association Phonographique des Grands Artistes), la société Pathé rachètera en Juillet 8 presses à disques (pour 5 000 Frs), et négociera avec les 80 artistes qui avaient pour la plupart signés des contrats d'exclusivité avec cette firme. Affre concède déjà 50 morceaux à Pathé. Pathé va ré-enregistrer les enregistrements de l'APGA sur disque à saphir en reversant une allocation de 10ctmes pour chaque disque vendu. Ce rachat pour 15 000 Francs apportera à Pathé des exclusivités avec de grands artistes pour une somme très raisonnable: Mayol, Dranem, Polin, Noté, etc.

En 1911, Charles et Emile deviennent enfin membre du Conseil d'Administration.

C'est aussi en 1911 que débuta les premières séries d'opéras qui durera jusqu'en 1923. Carmen (1911), Faust (1911/12), Galathée (1912), La Favorite (1912), Les Frères Danilo (1912/13), Roméo et Juliette (1913), Les Noces de Jeannette (1922), Manon (1923), mais aussi Rigoletto (1912), Le Trouvère (1912) et La Traviata (1912).

En 1912, et pour 2 ans, Emile Pathé prendra la place de M.Neyret dont le mandat expirait à l'exercice 1913-1914.

En 1914, une des conséquences immédiates de la déclaration de guerre à l'Allemagne a été l'impossibilité de livrer les marchandises par le train. Les chemins de fer ayant été réquisitionnés pour le transport des soldats et du matériel de guerre, les expéditions ont été purement et simplement arrêtées… L'usine de Chatou, mais aussi celle de Bruxelles ont été temporairement fermées.
Ensuite, la mobilisation générale a privé l'usine de Chatou de la majorité de ses employés et de ses ouvriers.
Enfin, le Ministère de la Guerre demanda à l'usine de fabriquer des munitions, et une grosse partie des ateliers se mirent à faire des gaines d'obus. C'est grâce aux efforts d'Emile qui lutta pour trouver les matières premières, et qui trouva du personnel féminin dès 1915 pour remplacer les ouvriers partis au front que la production de disques a pu repartir…

En 1916, les étiquettes papier font leur apparition et la production des disques à 'étiquette gravée' s'arrête. C'est bien sur le fameux Coq qui y est apposé, ainsi que tout ce qui se trouvait sur la gravure : le numéro du maître cylindre, l'éditeur, le numéro catalogue (voir le chapitre consacré à la datation). Pathé abandonnera aussi les annonces du début du disque et gagne ainsi quelques précieuses secondes sur la durée utile de l'enregistrement.

En Septembre 1918, l'idée de la séparation du groupe phonographique et cinématographique est discutée en conseil d'administration. Emile propose même de vendre l'usine de Chatou à Claude Grivolas.

Siège social et studio d'enregistrement au 98 rue Richelieu vers 1907.

Une pochette de disque écrite en siamois

 

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