Histoire de Pathé Frères : La jeunesse


L'origine de la famille Pathé / La jeunesse d'Emile et de Charles

Commençons par parler de Jacques Pathé, alsacien d'origine né en 1832 à Altkirch.
C'était un colosse de près de deux mètres de haut, de belle prestance, qui, en ces années 1850 était militaire à Paris affecté à la garde rapprochée de Napoléon III, les Cent-Gardes. A Paris, il connut une jeune fille de son pays, Emilie Kech, et une idylle naquit rapidement entre eux. De cette idylle naquit Jacques en 1858, et Emile en 1860.

Cependant, la morale de cette élite militaire était bien rigide et n'acceptait pas la présence de ces 2 enfants hors mariage. Jacques fut donc obligé de quitter l'armée… Il épousa Emilie en 1862 à Paris et ils s'installèrent comme boucher-charcutier dans un petit village de Seine et Marne, Chevry-Cossigny, dans l'Est de la région parisienne où la famille s'agrandit. Les parents quittèrent ce village en 1866 pour Vincennes où naquit Joséphine (qui décédera en 1892 des suites d'un accident).

Tous les enfants grandirent dans l'Est parisien. Pour bien comprendre la situation familiale, il faut aborder la personnalité de ce père. Jacques était une personne qui ne voyait son salut que dans le travail et qui comprenait ses responsabilités de père de famille dans ces conditions difficiles. Voilà quelqu'un qui a quitté l'armée parce qu'il avait eu deux enfants hors mariage, et qui a su faire face à sa destinée, en s'installant comme boucher charcutier ambulant dans un modeste village de banlieue. Il a réussi, à force de persévérance et d'acharnement au travail à obtenir une situation à Vincennes où il a gagné le marché des cantines des casernes de Paris. Il a su mettre sa famille à l'abri du besoin, et même à obtenir une certaine aisance.

Très tôt il a inculqué à ses enfants le sens du travail, en les mettant au façonnage des charcuteries dans son arrière boutique, quitte à leurs laisser négliger les devoirs d'école à laquelle il croyait peu.

Même s'ils souffrirent de ces conditions, cependant, ils surent garder ce sens du travail auquel ils doivent certainement leur réussite.

Jacques Pathé en grande tenue en 1853
(Collection particulière)

 

Emile, le personnage central de notre histoire, est donc le second d'une famille de 5 enfants. Il est né à Paris en 1860. Il avait trois frères, Jacques (1858), Charles (1863), Théophile (1866) et, une sœur, Joséphine (1871).
Emile eut un sort différent des autres frères et sœur, car il avait émis l'idée de devenir prêtre. Il fit des études jusqu'à 18 ans au séminaire en obtenant ainsi un niveau d'instruction différent. Bien sur, ses études ne lui ont pas donné que les satisfactions… En comparaison, ses autres frères avaient de l'argent de poche. Il se rendait chaque semaine au séminaire à pied (ce qui représentait 3 heures de marche depuis Vincennes). Les vêtements qu'il portait lui donnaient l'air d'un 'enfant-vieux'.
Cependant, il a toujours gardé de ces études une certaine réserve et une autorité naturelle qu'il obtenait sans hausser la voix. Son caractère conservateur contrastait avec les risques que prenaient ses frères Charles et Théophile notamment.

Après ses études, Emile se maria avec Laurentine Sabouret, (née en 1865). Il devint patron d'un café à Montreuil-sous-Bois, il et y fonda une famille. Son café était bien géré et prospéra rapidement. Ce fut aussi grâce à Emile que Théophile fit ses débuts dans le commerce, suite à un remplacement qu'il fit lorsque Laurentine eu une grave maladie durant quatre mois. La clientèle de ce café était composée aussi d'artistes peintres qui laissèrent à la famille quelques portraits des enfants.

Une vue ancienne du commerce de Chevry-Cossigny


Charles a beaucoup d'énergie, il veut réussir. A quatorze ans, il a définitivement quitté l'école, et fit des journées de quinze heures d'apprentissage très dures chez un boucher suivie de quatre ans et demie de service militaire, jusqu'en 1888.
En 1889, (il a 25 ans), il commence le travail de boucher-ambulant. Comme la vie qu'il menait chez ses parents ne lui convenait pas bien, il réunit quelques économies, et avec l'aide de ses frères et de sa sœur, décide de partir pour l'Argentine, à Buenos Aires avec l'ambition de réussir dans les affaires.

Ce que l'on peut noter c'est qu'historiquement l'Argentine était un pays qui avait la faveur des l'immigrants. Statistiquement, entre 1880 et 1900, elle reçoit plus de 2 millions d'immigrants d'Europe. 40% des ces personnes revinrent en Europe, après avoir trouvé que les conditions en Argentine étaient trop difficiles. En 1888 et 1889, le gouvernement argentin avait même établi la gratuité des traversées de l'Atlantique et payé les premiers jours d'hôtel à Buenos Aires pour attirer des nouveaux venus !

Charles ne profitera pas de ces conditions avantageuses, réservées aux plus démunis. Avec les économies qu'il a réunies, il s'embarqua sur un de ces bateaux de pauvres émigrants qu'il décrit avec compassion. Il a tenté de s'établir dans divers métiers de petites industries. On le voit même s'aventurer dans le blanchissage basé sur des machines à laver industrielles…Tout cela ne marche pas. Il n'arrive pas à se fixer, change fréquemment de métier, lui et son associé de l'époque attrapent la fièvre jaune, il va en réchapper, mais son associé en décédera.
Bref, il reviendra en France en mauvaise santé, après un dernier échec de commerce de perroquets (qui moururent presque tous durant la traversée), et se mariera à 30 ans en Octobre 1893 avec Mlle Foy. Il a un maigre salaire qu'il obtient comme gratte-papier d'un avoué parisien.

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