¡Olé! Une Jota 'parisienne' ?
Vers 1880, la mode française était tournée vers l'Espagne. Certains compositeurs en ont profité, et ont créé des chefs-d'oeuvre qui restent encore dans nos têtes: Lalo avec sa Symphonie Espagnole en 1875, Chabrier avec Espana en 1883, Gabriel Fauré avec sa Pavane en 1888, Waldteufel avec Estudiantina 1883 (en réponse à la demande de son éditeur Enoch)... Ce qui est moins connu, c'est que des groupes de musiques authentiquement espagnols (notamment des Estudiantinas) ont remportés de tels succés en France, qu'ils ont rendu célèbre leur compositeur de l'autre coté des Pyrénées.
Cet article est dédié à une oeuvre particulière qui a fait date en France. cette oeuvre Olé! a curieusement été enregistrée chez Pathé Frères, alors qu'elle ne l'a jamais été en Espagne... Là encore, les disques Pathé Frères se sont révélent être des sources historiques précieuses. Le disque ne dit pas quel était l'orchestre qui l'a interprété, peut être l'orchestre Pathé-Frères, peut-être un orchestre espagnol...
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Pour écouter la version pour piano, cliquez ici Pour entendre le morceau complet orchestral, cliquez ici La présentation qui suit est divisée en trois parties: Qu'est-ce qu'une estudiantina Pour avoir les paroles en espagnol de cette Jota, cliquez ici Afin de mieux comprendre la Jota, et puisque c'est une oeuvre écrite pour une estudiantina, peut-être est-il bien de détailler ce qu'est exactement une 'estudiantina'. Au milieu du XIXe siècle le terme "Estudiantina" a, en Espagne, trois sens différents: - 1. D'abord, ce sont des petits orchestres formés d'étudiants qui poursuivent de cette façon la tradition universitaire de la 'tuna', et qui défilent dans les rues pour les fêtes de carnaval. Leur succès retentissant les a ensuite encouragé à défiler lors d'autres occasions: ils commencent à donner ainsi des sérénades, à se présenter aux cérémonies culturelles, académiques, aux oeuvres de charité, et à réaliser des tournées en Espagne, et même à l'étranger où l'estudiantina exerce un rôle "d'ambassadeur d'Espagne". - 2. D'autres "Estudiantinas" défilaient aussi lors des carnavals. Leurs membres imitaient dans leur tenue les anciens étudiants. On pourrait penser que celles-ci n'ont pas été très nombreuses et n'existaient que dans les villes dépourvues d'universités. En fait, la réalité est tout autre. Bien qu'elles participaient aux mêmes événements, bien des aspects les différentiaent des étudiants :
On trouve des "Estudiantinas Féminines", "Estudiantinas d'enfants" et "Estudiantinas Mixtes". Enfin, se sont créées au sein de sociétés artistiques et de loisirs des groupes au nom divers: Centros, Aténéos, liceos, etc.. 3. les "Estudiantinas" correspondaient enfin à des orchestres professionnels dont les membres portaient aussi l'uniforme universitaire. Un exemple connu de ces "Estudiantinas" est l'Estudiantina Española Fígaro, créé à Madrid en 1878, sur l'initiative du musicien et compositeur Denis Granados. Nous en reparlerons plus tard.
L'estudiantina "Amour et Désintéressement" appartenait au deuxième type c'est-à-dire que c'était un groupe de carnaval habillée comme les étudiants; sachant que Cordoue n'était pas à l'époque une ville importante et que l'auteur de l'oeuvre était un débutant inconnu dans le monde musical espagnol, la question surgit immédiatement: comment la Jota cette Jota a t-elle acquis une telle renommée ?. Nous essaierons de donner une réponse à cette question: Olé! : La pièce musicale qui nous occupe a été composée par Lucena pour une estudiantina dénommée "Amour et Désintéressement" qui a parcouru les rues de Cordoue lors du carnaval de 1876. Composée de 18 membres (huit chanteurs et dix instrumentistes), en uniforme d'étudiants, (déchirés et raccomodés), l'estudiantina, précédé par un tambour major, brillait "par son raffinement et sa direction" (extrait du Journal de Cordoue 3-03-1876). Le texte de la Jota avait été écrit par le fameux Manuel Fernand Ruano, compositeur d'odes religieuses, et intitulé "Jota des Remendados (Jota des raccomodés) " selon l'allusion à la première strophe du texte. Fin 1877 ou début 1878, Eduardo Lucena a proposé à l'éditeur Zozaya le manuscrit de la partition de la "Jota des Remendados". L'éditeur a soumis la dite partition aux membres de l"Estudiantina Española" qui préparait un voyage en Paris et recherchait de nouvelles oeuvres pour leur tournée en France.
Les étudiants (spécialement de Madrid et Valladolid) qui composaient le groupe n'auraient jamais cru qu'ils auraient un tel succès, il faut dire qu'ils n'avaient rien laissés au hasard: la qualité leur musique et leur interrétation , ainsi qu'à leur costumes pittoresques, aux danses soigneusement préparées, notamment celle du tamborin. A son retour, Benito Zozaya s'apprête à publier la partition de la jota en profitant de sa popularité. L'oeuvre rentre au Registre de la Propriété Intellectuelle de Madrid le 9 mai 1878, sous le n°3908. Peu après la partition est publiée sous le titre <<Olé! : une jota pour piano et chant par Eduardo Lucena une "Grande jota exécutée à Paris avec un succès extraordinaire par l'Estudiantina Española">>. La couverture de cette première édition de Zozaya inclut un dessin de L. Taberner dont le graveur est Donón. Ce n'est pas la seule oeuvre interprétée par l'"Estudiantina Española" à Paris que Zozaya va publier. A la même époque, c'est la partition "les Souvenirs de Paris : une habanera pour piano : exécutée avec un succès extraordinaire par l'Estudiantina Espagnole à Paris / composée par son directeur, Ruperto Belderrain, et dédiée aux étudiants parisiens" avec une gravure de couverture de S.Marcardó. En outre sont publiés hors d'Espagne - la "Habanera executée à Paris par l'Estudiantina, transcrite par Auguste Coedes", Paris 1878; La publication de la partition obtient un succès immédiat, Benito Zozaya en vend plus de 2.000 exemplaires. Il est difficile de trouver à cette époque un estudiantina qui n'inclut pas dans son répertoire la "Jota : Olé!" . Certains groupes perpétuent son succès international comme l'Estudiantina de Médecine de Madrid", qui l'inclue dans son répartoire lors de son voyage en Rome en 1879. À la fin du XIXe siècle on peut encore trouver la "Jota : Olé!" dans le répertoire de plusieurs estudiantina (comme celle de Séville en 1893), mais les traces sur E.Lucena commencent à s'estomper. C'est aussi ce qui se produit dans la ville du maitre, la dernière mention de l'oeuvre apparait précisément dans le programme de la veillée musicale du Grand Théâtre cordouan le 11 mars 1893 en mémoire d'Eduardo Lucena décédé peu avant. L'interprétation de la "Jota : Olé!" par l'"Estudiantina Cordobesa" a closle concert dont les bénéfices sont allés à la veuve. La biographie d'Eduardo LUCENA Né le 22 janvier 1849, Eduardo Lucena Vallejo montre très tôt des qualités musicales extraordinaires. A 13 ans, il est déjà directeur de l'orchestre du Théâtre Moratín à Cordoue. Il poursuit ses études au Conservatoire de Madrid, où il est un des élèves préférés du professeur Monasterio et suit les cours de Hilarión Eslava. A cette époque il fait déjà partie et même dirige l'école de musique (l'estudiantina) de ce centre.
En effet,comme l'indique la nécrologique apparue dans le Journal Union du 7 mars 1893, parmi toutes ses productions musicales, resteront ses Jotas, ses Pasacalles et ses Habaneras, crées pour estudiantinas, et remarquables par leur bon goût et leur facture exquise. Au premier rang se trouve ¡Olé!, dont la première édition à plus de deux mille exemplaires rapporta à M. Zozaya un revenu confortable.
Olé! Un article signé Rafael Asencio González, traduit de l'espagnol par Marcel Dethare |
Eduardo Lucena (1849
Estudiantina Española 1878 (nº 1094 de “Le Monde Illustré”,
Estudiantina Fígaro en 1880 créée à Madrid par le compositeur Granados
L'estudiantina medicina
Le disque Olé! édité chez Pathé Frères
L'estudiantina Espagnola à Paris |