La Maxixe et son introduction en France
Maj 4 Juin 2007
| Qu'est-ce donc que la maxixe ? Une danse venue du Brésil, aurait répondu sans hésiter un Parisien de la Belle Époque. Ce genre musical et chorégraphique, créé à Rio de Janeiro dans le dernier quart du XIXe siècle et considéré par certains comme un ancêtre de la samba, connut son heure de gloire à Paris dans les années qui précédèrent le premier conflit mondial. Retour sur un épisode méconnu de la passion des Français pour les rythmes exotiques |
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O maxixe : un rythme métissé de Rio Au début du XXe siècle, la ville de Rio s'enflamme pour le maxixe, un rythme syncopé et une danse sensuelle héritée des chorégraphies africaines.
En dépit des condamnations répétées des autorités locales qui trouvaient la danse trop 'sugestive', la nouvelle danse s'impose dans les bals de carnaval, les cabarets et revues musicales des théâtres du centre ville. Mais qu'est ce qu'au juste que la maxixe ?
Le maxixe n'est pas vu d'un très bon œil par la bourgeoisie de Rio: "danse indécente et licencieuse", "fureur lubrique", "atteinte aux bonnes mœurs", les critiques pleuvent. Les élites de la Belle Époque tropicale entendent "civiliser" le Brésil et s'inquiètent de la prolifération des "rythmes barbares" des anciens esclaves (note: en 1888, le Brésil est un des derniers pays à avoir aboli l'esclavage). La maxixe : une danse à la mode de Paris. Quand la maxixe débarque à Paris en 1912, le public français découvre un univers sonore inédit. Les rythmes afro-brésiliens sont encore très peu connus à une époque où le marché du disque est encore balbutiant et les voyages transatlantiques demeurent longs et onéreux (note : malgré les progrès effectué grâce à la navigation à vapeur, il faut compter un mois pour la traversée). " Quel étonnement, quelle admiration au spectacle si gracieux, si pittoresque et chatoyant, d'une élégance pleine de goût, d'un style original, qu'offraient les pas, les évolutions, les ondulations de ce jeune couple aux costumes des pampas ! C'était la " Maxix " (prononcez matchiche, c'est plus doux) venue en droite ligne du pays des Incas, ou de quelque autre contrée voisine, et qui, toute chaude encore du brûlant soleil équatorial, retrouvera sûrement, aux lumières de nos salons parisiens, cet hiver, le succès de vogue de sa terre natale " L'enthousiasme gagne également le jeune Jean Cocteau qui retient, quant à lui, l'interprétation de Mistinguett. |
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En 1912, cependant, la fièvre de la Mattchiche est retombée et c'est un nouveau genre musical qui s'impose sur les scènes françaises. Peu de temps après le tango, la " maxixe brésilienne " fait son entrée dans les dancings parisiens grâce au charme du " célèbre professeur Duque ". Originaire de l'État de Bahia dans le Nord-Est du Brésil, le danseur brésilien s'appelle en réalité Antonio Lopes de Amorim Diniz. Surnommé " Duque " en raison de son élégance, il habite un temps à Rio où il passe ses soirées à danser la maxixe et travaille le jour comme dentiste. En 1911, il part tenter sa chance à Paris où ses talents pour la danse ne demeurent pas longtemps inaperçus. La mode est alors au tango et le jeune homme ne voit aucun inconvénient à esquisser les pas argentins. Très vite, cependant, il propose au public des cabarets de Montmartre et Montparnasse, un numéro de " tango brésilien " ou " maxixe brésilienne ", les deux expressions demeurant équivalentes tout au long de la période. Illustration parue dans Fémina Une nouvelle vision de la vie de Paris. La maxixe pendant le souper" (1913) En effet, l'engouement des parisiens pour ce nouveau rythme exotique n'échappe pas aux industriels de la musique. Les éditeurs musicaux spécialisés dans le répertoire de musique légère, tels Francis Salabert et F. D. Marchetti, publient de nombreux petits formats de maxixe à partir de 1912. Araguaya, Amapa, Carinhoso, Max Linder maxixe, Surubu, Gaucho… Plus de 72 partitions sont conservées aujourd'hui au département de la Musique de la Bibliothèque Nationale de France. N°6255 : La célébre et véritable Maxixe brésilienne (Salabert) Orchestre Direction Bosc . Marjal enregistrera aussi chez Pathé Frères sous le n°4970 la Maxime d'amour de Doloire, Comme nous pouvons l'entendre en comparant les enregistrements réalisés par les orchestres français et ceux réalisés au Brésil à la même période, la maxixe n'est pas un rythme d'exécution facile pour les musiciens européens !
Au son des orchestres français, le rythme de la maxixe brésilienne se perd, et, à l'image du rythme, la chorégraphie de la maxixe évolue lors de la traversée de l'Atlantique. On assiste au même phénomène que celui décrit dans la page Rythmes Américains.
Le rebolado caractéristique de la pratique brésilienne est remplacé par des mouvements de bras inédits, tels que la " corbeille ", la " promenade " ou " les ballons qui tombent ". La maxixe brésilienne dansée en France est une " stylisation " de la danse originaire de Rio de Janeiro, qui exclut les mouvements corporels jugés "excessifs" pour ne pas prêter le flanc aux critiques des moralistes. (note : pendant la Belle Époque et dans l'entre-deux-guerres, les danses exotiques étaient soupçonnées d'être des pratiques lascives et décadentes par une partie des essayistes français...). En guise de conclusion : la Maxixe, Paris et le monde: Adoubée par les élites parisiennes, la maxixe connaît un véritable succès dans le monde occidental. Aux États-Unis, les danseurs mondains Irene et Vernon Castle présentent la "nouvelle danse de Paris" à la société choisie de la côte Est et l'orchestre du National Promenade Band grave les plus grand succès brésiliens sur des rouleaux de cire commercialisés par Thomas Edison. On danse également la maxixe en Allemagne, en Angleterre, en Italie et en Grèce, comme nous pouvons le voir sur ces cartes postales (voir illustrations plus haut) Anaïs Fléchet Note sur l'auteur: Anaïs Fléchet est agrégée d'histoire.
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Références: Quelques livres :
Et surtout, des disques : |