Les Boeufs (de 1845)


de Pierre Dupont (1821 - 1870)

Éditorial de novembre 2010

maj 1 nov 2010


Etonnant Pierre Dupont qui, né en 1821 à Lyon chante la paysannerie et le monde ouvrier. Il fut le compositeur attitré de la révolution de 1848. On lui doit Les Taureaux, Le Sauvage, Le réveillon de Paris (ou ' Les Etudiants'), Belzébut, La Brune, La Blonde, La Chataigne, La Fille du Peuple, Les Louis d'or, Le Cerf (ou La Chasse), Une Chaîne, La Fête du Curé, La, Chanson de Midi, Le peuplier, Le chien de berger, La Chanson des Prés, La mère Jeanne, Les Sapins, Les Carriers (reprise en 1871 sous le nom 'La Commune'), Le Dahlia Bleu, Les Adieux de la Mariée, La Sérénade du Paysan. De tous ces titres, souvent publiés dans les revues de l'époque, les deux les plus célèbres sont certainement 'Les Sapins', et 'Les Boeufs'. Voici 'Les Boeufs', aux paroles outrancièrement démodées, que je vous laisse découvrir, ou redécouvrir.

Ecoutons là dans sa version chantée, par Albers, ici,

Puis, laissez vous la fredonner en lancant l'accompagnement, arrangé pour le piano par Victor Parizot: ici.

Source: Les chants de l'atelier (XIXe siècle)

J'ai deux grands boeufs dans mon étable,
Deux grands boeufs blancs marqués de roux;
La charrue est en bois d'érable,
L'aiguillon en branche de houx.
C'est par leurs soins qu'on voit la plaine
Verte l'hiver, jaune l'été,
Ils gagnent dans une semaille
Plus d'argent qu'ils en ont coûté.

S'il me fallait les vendre,
J'aimerais mieux me pendre;
J'aime Jeanne ma femme,
Eh bien, j'aimerais mieux la voir mourir
Que de voir mourir mes boeufs.

Les voyez-vous, le belles bêtes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempêtes,
Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid?
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leur naseaux,
Et je vois sur leur corne noire,
Se poser les petits oiseaux,

S'il me fallait les vendre,
J'aimerais mieux me pendre;
J'aime Jeanne ma femme,
Eh bien, j'aimerais mieux la voir mourir
Que de voir mourir mes boeufs.

Ils sont forts comme un pressoir d'huile,
Ils sont doux comme des moutons,
Tous les ans, on vient de la ville,
Les marchander dans nos cantons,
Pour les mener aux Tuileries,
Au mardi gras, devant le roi,
Et puis les vendre aux boucheries:
Je ne veux pas, ils sont à moi.

S'il me fallait les vendre,
J'aimerais mieux me pendre;
J'aime Jeanne ma femme,
Eh bien, j'aimerais mieux la voir mourir
Que de voir mourir mes boeufs.

Quand notre fille sera grande,
Si le fils de notre Régent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent;
Mais si pour dot, il veut qu'on donne,
Les grands beoufs blancs marqués de roux,
Ma fille, laissons la couronne,
Et ramenons les boeufs chez nous.

S'il me fallait les vendre,
J'aimerais mieux me pendre;
J'aime Jeanne ma femme,
Eh bien, j'aimerais mieux la voir mourir
Que de voir mourir mes boeufs.