Un exemple de Censure
'grivoise' associée à une Censure politique: le couplet
de la chanson 'Pas Curieux' Créé par Sulbac
en Mai 1889 aux Ambassadeurs, et reprise par Polin
à ses débuts.
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Les
censeurs, pardon, les "Inspecteurs des Théâtres",
étaient quatre. Quatre pour lire plusieurs milliers de textes par
an, pièces ou chansons, mais aussi pour assister aux représentations!
On imagine aisément que leur jugement ne pouvait être qu'expéditif...
Et comme la censure n'était encadrée par aucun texte légal,
il leur appartenait d'apprécier ce qui était convenable ou
non. La censure était sans aucun doute un bon reflet de la mentalité
des classes moyennes. C'est ainsi que tout ce qui pouvait porter atteinte
à la vie publique, à la religion ou aux bonnes mœurs pouvait
être biffé d'un trait de plume et marqué d'un impitoyable
"à modifier".
Mais en pratique, que censurait-on? L'actualité politique était
évidemment un sujet très sensible. Mais aussi l'honneur de
la police et de l'armée. On pouvait donc se moquer de la simplicité
du villageois ou du troupier, mais sûrement pas douter du zèle
de la police ou ridiculiser un officier. Et nombre de chansonnettes militaires
n'ont pu être dites qu'à la seule condition que l'artiste ne
porte pas l'uniforme.
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Bien
sûr, le contrôle des bonnes mœurs était sévère.
Pour ne citer que cet exemple, l'adultère, pourtant source inépuisable
de situations comiques, ne pouvait être évoqué, ne
serait-ce que par une discrète allusion.Le plus curieux reste de
constater jusqu'où pouvait aller la pudibonderie. Les censeurs
étaient capables de dénicher l'obscénité jusque
dans les expressions les plus anodines. Cela dit, tant qu'il ne s'agissait
que de regarder, il n'y avait pas de mal. Alors, on biffait les termes
aussi subversifs que "polisson", "être plein d'amour"
ou "se bouffer le nez", tandis qu'on laissait les "laisse
moi r'garder tes gros nichons" et autres subtilités du même
acabit…
On peut comparer le texte original ci-contre avec son, enregistrement
en cliquant simplement sur l'image.
Cela dit, les auteurs savaient très bien s'accommoder de la censure:
- À une chanson un peu leste, ils ajoutaient deux ou trois mots
franchement trop crus, que les censeurs étaient obligés
de supprimer. Du coup, le reste passait! Ou alors, ils écrivaient
un texte irréprochable sur le papier, mais qui prenait tout son
sens avec le jeu de l'artiste…
Ainsi, le célèbre Trou
de mon quai de Dranem a pu passer la censure
sans aucun problème!
- Et les exemples
où la censure a été piégée abondent.
On pouvait donc se régaler de chansons comme "Un voyage en Italie",
dont le refrain est loin d'être innocent ("vas-tu rester longtemps
sur l' Pô?"…), ou bien comme Le scieur de long, scatologique
d'un bout à l'autre ("J'ai tout l' temps envie d' scier"…),
pour peu qu'on les écoute comme il le faut.
- On connaît aussi les démêlées d'Yvette
Guilbert avec les censeurs, qu'elle évoque dans ses mémoires.
Elle réussit à faire passer son répertoire grivois
en remplaçant les mots trop crus par des murmures et des toussottements
…certainement bien plus suggestifs que le texte d'origine !
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Ardemment défendue par ceux qui voyaient en elle le seul moyen
de garantir la moralité publique, vilipendée par ceux qui
y voyaient une entrave aux libertés fondamentales et un frein à
la créativité, la Censure Dramatique a fait l'objet d'interminables
débats. On peut
en trouver les traces fréquemment dans la presse de l'époque.
Bien que régulièrement remise en question, ce n'est qu'en
avril 1906 qu'elle a fini par disparaître. Très discrètement,
sans même qu'on ait le courage de faire une loi. On a juste supprimé
le budget correspondant.
Reste le côté bénéfique de la censure: ce sont
ces centaines de cartons, conservés aux Archives Nationales, qui
contiennent une copie manuscrite des pièces et des chansons. On
peut y découvrir le texte original et les modifications apportées
par la censure. Un véritable trésor pour l'étude
ce ces textes, dont l'intérêt pouvait sembler trop éphémère
pour qu'ils soient édités, mais qui constituent aujourd'hui
un miroir passionnant de cette époque.
Un article
signé Jean-François Chariot, après de longues fouilles
aux Archives Nationales
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