Mise à jour: 30 juin 2009
Le café s'appelle 'Le Petit Ramponneau', au coin de la rue de Clignancourt et de la rue d'Orsel, à la place du Delta: 'Depuis que presque tous les après midi, la salle
de café était remplie par les clients, les quatre billards
qui tenaient tout le fond de la salle ne pouvaient plus être occupés
par les joueurs que les allées et venues gênaient; il fut
décidé d'en supprimer deux et les samedis et dimanches
de placer les deux restant cote à cote, de les recouvrir de lourdes
planches, et de former ainsi une estrade suffisamment grande pour tenir
lieu de scène de Café-concert. Un piano, posé à
coté de la scène ainsi improvisée, permettait l'accompagnement
des chanteurs. Cette idée de café-concert fut un succès
complet. Au début, la plupart des artistes furent des amateurs
du quartier, hommes ou femmes à la voix peu cultivée sans
doute, mais ayant certainement du talent naturel, ou encore des jeunes
artistes débutants venant se faire apprécier sur ces planches
en attendant qu'un directeur de théâtre découvrît
leur talent. Ce fut ainsi que Rousselière, qui devint plaus tard
le célèbre ténor de l'Opéra-Comique, débuta
au Petit Ramponneau. Il y chantait des grands airs d'Opéra d'une
voix chaude et ample, accompagné par le pianiste, une jolie blonde
plantureuse, qui, elle aussi, obtenait un succès personnel bien
mérité lorsqu'à la demande générale,
elle faisait entendre la chanson à la mode 'Frou-Frou, Frou-Frou,
par son jupon la femme, de l'homme trouble l'âme'. Sans doute
était-ce l'avis de Rousselière qui ne manquait pas de
remonter sur l'estrade d'où, regardant le pianiste d'un certain
air, il chantait 'Vous
êtes si jolie, mon bel ange blond que mes yeux éperdus
partout vous chercheront'. Ce numéro mettait chaque fois la salle
comble en délire La chanson de Paul Delmet,que vous entendrez
en cliquant est interprétée par Vaguet, disque Pathé-Frères
n°3733.
Parallèlement aux Cafés-Concerts s'ouvre dans les quartiers plus populaires et dans les petites villes de garnison de 'Beuglants',
où des artistes de moindre renom 'beuglent' les succès à la mode. Ces artistes passent ensuite dans la salle pour ramasser
quelques pièces de monnaie... C'est Clémenceau après la Grande Guerre qui interdit que les artistes fassent la manche... A partir de 1897,c'est parmi les artistes de Café-concert que les jeunes industriels du cylindre et du disque puiseront. La vie des artistes moins connus étaient difficile, et ceux-ci ne rechignaient pas de donner leur temps libres salles d'enregistrement. Ils étaient payés au temps passé dans les salles d'enregistrement, et qui ne demandaient pas trop cher. Dés 8 heures du matin, on les trouvaient devant les cornets pour graver quelques cylindres à la fois... Ce qui était un complément de salaire devint par la suite leur gain le plus profitable et on en vu de nombreux abandonner le Café-concert pour se tourner définitivement vers les compagnies d'enregistrement... Citons notamment Charlus et Mercadier qui sont devenus les piliers incontournables pour la firme Pathé Frères. Citons Charlus, qui dans ces mémoires 'J'ai chanté' a écrit: 'Qu'est devenu le café Concert, Pour bien parler, il n'existe plus, tout du moins tel que je l'ai connu... Si l'on devait se dire qu'il est à jamais remplacé par le cinéma et la TSF, comme il faudrait le regretter!' Les consommations payantes disparaîtront, les gens iront au music-hall
pour la qualité du spectacle seulement. C'est une autre histoire
qui sera abordée dans un autre éditorial. Gérard Frappé d'aprés 'La chanson française', Editions Que sais-je, Puf, Paris, 1983 par F.Vernillat et J.Charpentreau |