Éditorial : Bérard
Editorial d'avril 2005
Les artistes, on le sait, se rendent souvent célèbres par leur voix, mais également par leur physique... Alors comment expliquer que, en ce début de XXe siècle, un homme dont le physique n'était pas sensationnel, ait pu percer dans la chanson et devenir l'un des plus grands chanteurs "dramatiques" de la Belle Époque ? Et comment expliquer sa carrière qui, même sans compter les nombreux disques et cylindres qu'il a laissés derrière lui, fut parmi les plus "chargées" des chanteurs de la Belle Époque.
Le début de sa vie est un peu flou... On sait qu'il naquit en 1870 dans la petite ville de Carpentras, d'un père perruquier.
Très jeune il chante dans de petites salles, souvent pour des "fêtes" de quartier. Il veut tout d'abord être chanteur d'opéra, mais il n'y parviendra pas. En 1890 il s'installe à Marseille puis, dès 1895, il arrive à Paris. Il est présent à l'Eldorado dès 1899, où il chantera jusqu'au début des années 30, période qui marquera le déclin de cette unique voix de ténor.
C'est en 1900 qu'il grave son premier (?) enregistrement chez Edison, sur cylindre en cire noire : La Fée Verte. Sa voix est puissante, ses intonations uniques ne trouvent pas d'égal. Il est ténor, et parvient à monter haut dans les aigus. Le public le demande; à partir de 1903 il commence une tournée' de l'ensemble des salles parisiennes. A chaque fois c'est un triomphe.
Il grave de nombreux disques à partir de 1905 chez Odéon et chez Pathé. Il effectue un nombre impressionnant de tournées, qui remporteront toutes un immense succès. Certains soirs la foule est telle qu'il a des difficultés pour rentrer tranquillement chez lui...
Il se marie avec la chanteuse Charlotte Gaudet qui décèdera malheureusement en 1930. A partir de cette date, on observe un déclin progressif de Bérard (rappelons tout de même qu'il a alors 60 ans). Il gravera encore quelques faces chez Pathé jusqu'en 1931 avant de prendre définitivement sa retraite, après une carrière d'une rare prospérité.
Il termine sa vie à Paris et meurt en 1946, à l'âge de 76 ans, avec, derrière lui, l'une des plus grandes carrières de ténor.
Durant toute sa vénérable carrière, Bérard a enregistré, depuis le cylindre La Fée Verte en 1900 jusqu'aux tout derniers disques à aiguille gravé chez Odéon et Pathé, dans l'ère de l'enregistrement électrique. La majorité de ces enregistrements a été effectuée entre 1906 et 1931; l'évolution d'une part de la voix de Bérard et d'autre part des techniques d'enregistrement permettent d'apprécier sous divers angles le timbre de sa voix.
Bérard est un chanteur "poly styles" si l'on peut dire : il passe de la chanson patriotique, telle que
à la chanson mélodramatique, sur des thèmes poignants. Il en crée une quantité incroyable, et excellera dans ce genre. Citons par exemple:
Parfois même, il mélangera les deux genres, en créant des chansons contre l'Empereur d'Allemagne (l'Homme Rouge), ou encore le genre mélo-patriotique (Le traître).
Bon nombre de ses chansons dramatiques traitent de l'amour, avec un homme dont la femme s'en va, le trahit... Certaines sont poignantes, car il s'agit souvent de malheur, qui finissent par des meurtres ou des grandes pertes.
Lorsque Bérard chante les chansons guerrières et patriotiques, on sent un attachement profond à la France; lui-même n'est pas soldat, mais il arrive remarquablement bien à faire passer, par ses intonations, l'esprit du combat pour la patrie. Cependant il n'a pas commencé à chanter la patrie à partir de la Première Guerre Mondiale, comme on pourrait le croire; c'est lui qui a fait connaître certaines chansons d'Amiati.
Il a également chanté divers titres qui ne peuvent être répertoriés dans aucun style : la Fée Verte, par exemple, décrit l'ivresse d'un homme dont le cerveau est engourdi par l'alcool; d'autres chansons traitaient de sujets tels la haine, la vengeance... Mais il faut bien noter que toutes les chansons interprétées par Bérard étaient dites "chansons à voix", car elles embellissaient le timbre et la beauté de la voix unique dont Bérard avait reçu le don. Cette voix, en effet, émeut quiconque l'entend : elle est puissante et possède un registre très vaste. Si Bérard n'a pas fait carrière à l'opéra, il a apporté beaucoup à la chanson. Son seul défaut était son physique; il était assez mal bâti, de petite taille, et boitait légèrement.
Mais après cette description de la carrière d'Adolphe Bérard, intéressons-nous maintenant à ces enregistrements :
Chez Pathé on relève un nombre impressionnant de disques à saphir enregistrés par Bérard, ainsi que quelques disques à aiguille à partir de 1927. Bérard a aussi enregistré chez Odéon, Zonophone, Diamond, Opéra, Idéal, Perfectaphone. Voici la liste disponible chez DLBEAAF:
Chez Pathé 361 Le Guet d'amour (Borel-Clerc) | Chez Odéon (Brun) 60518 J'ai tant pleuré (J.Rico) 60752 Nuit tragique (Borel-Clerc) 60773 Rends moi mon coeur (Palmouries) 60891 Coeur de Napolitaine (Rico) 60517 Paquita (F.Couturier) 60706 La marche de la femme (Cambon) 97005 Une page d'amour (Ricp) 97358 Dis-moi Pierrot (Poncin) 97310 Le clown (Daniderff) 97797 Le coeur tzigane (Vercollier) X97263 Le soleil (Borel-Clerc) X60266 Les refrains de la vie (F.Gavel) X60318 J'ai peur de la femme! (R.Tassin) Chez Aerophone Trésor caché Chez Perfectaphone 1896 Au pays des fleurs (J Rousseau et Philippon)
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Un article signé Nicolas Crouvizier, jeune collectionneur de disques